Le Blog de Georges Zafran jeudi 25 octobre 2018 Epilogue saison 2 : une course de fou 3 - partie 2 Il fait nuit noire. Une couverture nuageuse s'étend sur le firmament. Pas d'étoiles pour me guider. Forcément, je ne vois pas leur couleur, je ne peux pas savoir si le ciel annonce de la pluie ou pas. Il est trop tard pour checker la météo sur mon téléphone. Pfff tu aurais pu le faire avant le départ quand même. On dirait que je fais tout pour me nuire. Les 2000 pieds qui m'entourent frappent le sol d'une foulée légère mais suffisante pour le faire trembler. La montagne vrombit, les encouragements des supportaires résonnent contre les falaises de basalt. Je suis entouré d'une masse informe de multiples gens, recouvert par le bruit des pas et des cris, et pourtant, au lieu de vivre l'instant présent, de ressentir toutes ces vibrations passer à travers moi comme des ondes gravitationnelles, je me recroqueville, je m'enferme et je me retrouve tout seul dans ma tête. A chaque fois que je cours, ça me sert de méditation. Je me concentre sur moi, mon état corporel autant que spirituel et je fais le point. Alors, que viens-tu faire ici, ce soir, Georges ? que viens-tu y chercher ? la gloire ? Oulah non. J'ai refusé la promesse d'un poste de PU-PH, souvent synonyme de gloire. On ne peut pas dire que je coure après une couronne, non. J'ai quitté ce boulot parce que je n'avais plus la satisfaction d'un travail bien fait. Et je viens chercher dans cette course la satisfaction d'accomplir un truc dont je me sens capable mais dont je ne suis pas sûr d'y arriver. C'est ça, je viens y chercher la foi. Je n'ai aucune preuve de pouvoir finir cette course en bon état, mais je m'en sens capable. Je n'ai aucune preuve mais je sais que je peux y arriver. J'ai foi en moi. Ce genre de course me donne confiance en moi. Même si j'échoue. Il peux très bien arriver des événements indépendants de ma volonté faisant en sorte que je ne finisse pas la course mais je garde ma dignité. C'est ça. La vie n'est pas un concours mais ce sont une succession d'obstacles mettant à l'épreuve notre foi en soi. C'est sans doute pour ça que j'ai toujours détesté les compétitions. On ne mesure pas sa foi en soi par rapport aux autres. Chacun se fixe des objectifs différents, chacun à sa mesure. Et le fait d'y arriver ou pas n'est pas une mesure de sa propre valeur. On peut perdre aux yeux des autres et pourtant gagner. Ça doit être pour ça que j'aime autant Rocky, le premier opus. Spoiler : il perd à la fin. Mais il a mesuré sa dignité à l'aune de lui-même. Il se bat pour lui, contre des obstacles qu'il s'est mis tout seul. Et de ce point de vue là, il a gagné à la fin du match. Il a remporté le combat mené pour sa dignité. Alors ? ce sont quoi mes auto-obstacles ? Mon complexe d'infériorité d'abord. Oui, c'est évident que je ne m'estime pas mériter une première place. Elle ne me revient pas parce que je n'ai rien accompli pour ça. C'est faux bien sûr. J'ai travaillé pour avoir ma place en médecine mais vu que j'ai toujours perdu à tous les concours se mesurant à d'autres personnes...je n'ai jamais fini premier d'une course, je n'ai jamais été premier de la classe, c'est logique qu'un victoire me semble inaccessible. Je m'estime comme étant moyen, banal, égal à la moyenne. C'est certainement pour ça que je me suis situé au milieu du peloton. C'est idiot je vous l'accorde. Au fil du temps, j'ai réussi à surmonter mon complexe d'infériorité pour un autre : celui de l'imposteur. Par la force des choses, j'ai du me rendre compte qu'il y a certaines choses que je réussissais. A commencer par le concours de première année de médecine. Donc oui, je remporte des trophées. Mais le mérite-je vraiment ? pourvu que les autres ne se rendent pas compte que je n'ai pas la valeur requise. Alors j'ai travaillé, dur, plus dur que tout le monde peut-être, je ne sais pas, je me suis toujours éloigné de mes confrères de peur d'être repéré comme incompétent. Petit à petit, j'ai bien du constater que je n'étais pas plus mauvais qu'un autre, voire parfois même, si j'osais, peut-être davantage compétent ? A propos des autres, où en suis-je dans ma course ? Nous sommes devenu une chenille incandescente. A flanc de montagne, nos lampes frontales allumées, les premiers sont devant, plus haut et se suivent à la queue-leu-leu. C'est beau. Je suis toujours au milieu ? je me retourne brièvement et estime le nombre de lumières. A vu de pif dans le noir, de dos, en courant, je pense que je me suis fait doubler. Forcément, à force de rêvasser, tu ne te concentres pas sur la course. C'était obligé. Bah, ce n'est pas grave. Économise-toi. Si tu voulais finir dans les premiers, ça aurait été important mais là, tu veux juste finir en bon état. Alors relax et enjoy the ride. De retour à mes réflexions. Oui, j'ai choisi une spécialité et oui, je me trouve compétent dans mon domaine. Ça a pris du temps mais j'y suis arrivé. J'ai aussi conscience d'avoir perdu en compétences dans d'autres domaines...